dimanche 20 octobre 2024

Diagonale des Fous - Octobre 2024

Dernier ravitaillement avant le grand vide, Cilaos, PK77

Diagonale des Fous: J+1, j’ai manqué mon rendez-vous… [DNF]

Un ultra se joue sur des détails. Aujourd’hui, la balance aura malheureusement penché du mauvais côté. Malgré un bon départ, je ne suis jamais entièrement entré dans mon événement. Le mental a d’abord été mis à l'épreuve. Puis des douleurs se sont installées. Et finalement, je n’ai pas réussi à trouver de solution pour sortir de ce cercle vicieux et me libérer. Les jambes étaient pourtant présentes et les temps de passage, une fois encore, maîtrisés au quart d’heure près. J’aurais pris du plaisir au départ, à haranguer une foule déjà très bruyante. Puis, à découvrir un magnifique levé de soleil sur les Plaines ou encore à sauter dans les flaques de Mare à Boue. Et finalement, à jouer dans l'exigeante descente du Bloc. Mais c’est à Cilaos que je prends la décision de mettre le clignotant. Les quelques kilomètres supplémentaires jusqu’au sommet du Taïbit n’y changeront rien. Je n’entrerai pas dans Mafate. Physiquement, le corps s’en remettra. Pour le reste, il faudra un peu plus de temps. Mais une chose est sûre, à l’issue de cette expérience, la leçon sera grande et les points positifs nombreux.

Un grand merci aux bénévoles, supporters et coureurs pour le soutien durant la course. Merci à vous pour vos messages bienveillants.

Une dernière pensée à mon Assistance qui s’est donnée à 200% pour m’emmener le plus loin possible. Coline, Lucie, Justine, Thib’s, Thomas, Fabian, MERCI à chacun d’entre vous!

lundi 14 octobre 2024

Jeu de Coline #19: Motivation

Emilie Técher, CIMASA 2024

Comme avec un portail temporel, tu as voyagé dans l’univers. Tu as vécu une multitude d'expériences qui t’ont mené à cette journée du 17 octobre 2024. Un jour créé il y a longtemps, rien que pour toi. Tu l’as planifié. Tu l’as créé. Tu en as fait une réalité. Tu dois croire en ton infinie potentiel. Tes seules limites sont celles que tu t'imposes. Une fois sur la ligne de départ, tu te rendras compte que tout ce travail au fil des mois…toutes ces expériences que tu as vécu…toutes ces heures d’entraînement…tous ces moments de doutes, de douleur, de souffrance…tous ces éléments liés l’un à l’autre par le fil du temps t’ont conduit à cet instant que tu t’apprêtes à vivre. Lorsque tu entendras Africa Maloya, entre dans ta bulle. Rien n’est le fruit du hasard. Apprécie l’instant présent. Recentre-toi. Inspire profondément. Ralentis le mouvement et savoure l’instant précis. Améliore la transition entre cette vie et l’expérience que tu t’apprêtes à vivre. Qui tu veux être? Tu veux être quoi? Inspire la santé. Expire la douleur. Inspire la force. Expire la faiblesse. C’est ton moment. Plus rien d’autre ne compte à partir de maintenant. Entre dans ta bulle. Ce moment n’appartient qu’à toi et à toi seul. Sois maître de ton destin. Vie cette aventure à fond. Sois fier. Cours. Grimpe. Pousse sur les jambes. Sois généreux dans ton effort. Fait preuve de courage face à l'adversité. Sois passionné. Déchaîne la ferveur de toute une île. Nourris-toi de l'énergie de ceux qui t’accompagnent. Ne recule devant rien. Tu n’as plus peur. Tu es prêt. Traverse les limites de l’excellence. Détends-toi. Prends du plaisir et sois explosif. Défonce tout!

Ta détermination. Ta hargne. Ton envie. Ton abnégation. Ton dévouement. Tout ton être sera mis à l’épreuve. Ton corps et ton esprit ne font qu’un. Tu domines ton élément. Tu maîtrises chaque détail. Tu es préparé à faire de grandes choses. Et personne, absolument personne, ne pourra te freiner. Ce moment, tu l’attends et l'accueilles avec humilité. Sois humble face à la tâche qui t'incombe. Ne lâche rien. Ne regrette rien. Joue. Amuse-toi. Pleure. Hurle. Fais-le, mais fais-le de toutes tes forces. Sans jamais rien lâcher. Écris ton histoire. Deviens celui que tu veux être. Ne fait qu’un avec ce moment. Ressent l'énergie de l'île. La puissance du volcan. La force du vent. La colère de l’eau. Sois fier de porter ce maillot. Ces couleurs. Va. Réalise-toi. C’est ton moment. A toi de briller. Et pour ce faire, tu vas devoir y croire. Plus que tout. Y croire si fort. Convaincre chaque cellule de ton corps. Les convaincre que tu vas accomplir quelque chose de gigantesque. D’exceptionnel. Tu as la capacité physique et mentale pour le faire. Tu mérites de le faire. Sois en certains. Et si le doute s’installe, regarde tout l'amour des personnes qui t’entourent et qui te portent depuis le début du projet. Ils t’aiment. Ils t'encouragent. Et ils sont là pour toi. Alors ensemble, vous serez au rendez-vous de l’histoire.

Mais attention. Cette quête ne sera pas simple. Tu vas devoir puiser au plus profond de toi dans les moments difficiles. Et il y en aura. Alors…pour arriver au bout, il faudra te battre. Il faudra y mettre toute ta rage. Mais ça ne suffira pas. Il faudra te magnifier. Il te faudra ce supplément d'âme que toi seul peut aller chercher. Pour celà, il faudra que tu ne fasses qu’un avec ton environnement. Il faudra que tu ressentes l’histoire. Ressent l’histoire. Deviens Mafate, Cimendef, Héva. Oublie hier. Ne pense pas à demain. La boue, les cailloux, la poussière. Le froid, l’humidité, la chaleur écrasante. Fait corps. Et quand finalement tu entendras les tambours. Quand tu apercevras le stade de la délivrance. Alors là, et là seulement, tu comprendras. Tu arriveras au terme de ton voyage. Tu auras grandi et quelque chose de nouveau aura mûri en toi. Tu comprendras pourquoi tu as fait tout ce chemin. Tu le comprendras tout particulièrement quand tu verras tout l’amour qu’elle te porte. Quand tu verras toute l’admiration et la fierté dans les yeux de ceux qui t'auront épaulé jusqu’ici. Et enfin, quand tu verras toute la passion d’une foule accueillant ses héros. Parce qu’ici, à la Réunion, c’est ça. Du premier au dernier. Bénévoles, spectateurs, familles, amis, anonymes. Tous sont là pour toi. Pour que tu te transcendes et que tu lui survives. Alors pour eux, passer la ligne, c’est dire merci. Et c’est tellement cool, putain. Tellement cool, putain!

En avant. A fond. Toujours!

Texte inspiré du discours d’encouragement du père de George Kittle, tight end des 49ers de San Francisco, lors de la saison 2022/2023 ; du discours de Pascal Dupraz à ses joueurs lors du match Angers-Toulouse du 14/05/2016 et du titre Bora Vocal de Rone avec Alain Damasio.

mardi 1 octobre 2024

Jeu de Coline #18: La montagne nous offre le décor

Vue sur le Piton des neiges 


Grand Raid de la Réunion. Acte 3. Scène 2 - Le temps d’une Diagonale.


Le cadre: Une île paradisiaque

La Réunion, un petit coin de paradis déposé au milieu de l'Océan Indien. Un lagon. Des plages. Une végétation luxuriante. Des rivières offrant de magnifiques chutes d’eau. Un volcan qui somnole…et attendant patiemment l’occasion de nous rappeler que nous ne sommes ici que grâce à lui. 3 cirques où chacun pourra y faire son spectacle. Mais attention à Mafate, théâtre de tous les dangers. Ou encore au Maïdo, cette porte de sortie brûlante lorsque le soleil atteint son zénith. Glaciale lorsque l’on y passe en pleine nuit. Et quand tu penses que tout ceci est presque terminé, il te restera encore à traîner ton corps meurtri sur le sentier des Anglais. Là où chaque pierre te montre que la terre est en mouvement perpétuel. Ici, il te faudra alors traverser l’enfer avant d’atteindre la Délivrance.


L’intrigue: Survivre ou ne pas vivre?

La Réunion est bien connue pour son cadre paradisiaque mais, une fois dans l'année, elle se transforme pour accueillir des traileurs venus du monde entier à l’occasion du Grand Raid. L’événement de tout un peuple où celui qui arrive au bout est reçu en héros. Pour les autres, il ne leur restera qu’un goût de poussière en bouche…accompagné par une déception immense.


Les acteurs: Près de 3000 Fous…et moi

Pour moi, le Grand Raid représente plus qu’un événement sportif. Il s’agit d’un projet sur lequel je travaille depuis 3 ans. Avec un rêve, arriver au bout de l’aventure, le plus rapidement possible. Sur ce parcours de la mythique Diagonale des Fous, la montagne offre un décor incroyable. Incroyable et impitoyable. Un décor qui va rapidement te faire tourner la tête. Un décor unique, pour un projet fou. Celui de rallier Saint-Denis au Nord depuis Saint-Pierre au Sud. Traverser l’île entière. 175 km pour plus de 10 000 mètres de dénivelé positif. La plus longue édition depuis sa création. Pour l’élite de la discipline, celà revient à escalader 2 fois le Mont-Blanc en moins de 24 heures. Le commun des mortels, lui, mettra jusqu'à 66 heures. Et près de 30% ne rallieront jamais le chef-lieu.

Scénario d’une aventure hors normes: silence sur le plateau. Ça tourne!

Acte 1: Lâchez les Fous! Au rythme des... [à suivre].


Sympa, t’as vu? Ici, on ne spoile rien.

Rendez-vous le 17 octobre prochain à partir de 22h00 (Réunion) pour le live.

dimanche 15 septembre 2024

Jeu de Coline #17: Je n'aime pas

“Le bus est encore en retard (et je déteste ne pas être ponctuel)”, Boucle du cœur de l’Est, UTOI, image prise par une bénévole de l’association dans la forêt de Bélouve

Bon, cette thématique ne m’inspire pas. Je n’aime pas. On change! Ben quoi, il n’est pas notifié dans le règlement que je ne puisse pas en changer les règles…du coup, ce sera en phonétique qui plus est. Thématique #17: des “bɑʁ”. Pas l’unité de mesure, même si on aime bien la pression. Ni l’endroit où elle coule à flots. Ce n’est pas non plus celle en fer. Même si avec elle, on peut tout faire. Et non, elles ne sont pas aux céréales. Quoique, ça entre plutôt bien dans le principe du Jeu de Coline et dans ma préparation générale. On ne parle pas du poisson, négatif. La langue française est quand même super riche. Une même prononciation, 15 significations différentes.

Bon, j'arrête les devinettes, ce sera des barres…comme des barres de rire…de la rigolade quoi. Parce que oui, on s’amuse et on se marre quand même bien en trail! Et pratiquer ce sport ne serait pas possible si on ne rigolait pas un peu. Pour moi, le trail, c’est avant tout un moment d'évasion et d’amusement. Sans ça, le projet n’aurait pas de sens. Les courbatures. Les ampoules. Les chutes. Les blessures. Si tu t’amuses pas à un moment, tout cela ne voudrait rien dire à part que tu as un vrai problème dans ta relation avec la douleur.

Alors voilà, j’enfile mon t-shirt, mon short, mes baskets...et c’est parti! Et où est-ce qu'on s’amuse le plus? La nuit, sous la pluie et dans la boue. Avec une frontale qui te dit que t’es sur la réserve. Que ta montre t’indique que le soleil ne se lève pas avant 1h30. Alors là on commence à jouer! Ou c’est peut-être quand tes jambes tremblent tellement après une grosse descente que tu commences à rire nerveusement sans savoir t'arrêter? La liste est longue mais voilà quelques parenthèses qui peuvent m’amuser:

- Faire des grimaces aux photographes, un classique “sale gosse”.

- Faire des blagues aux ravitaillements et dans les sentiers (Dit-donc, c’est moi ou la bière commence à mousser dans les jambes).

- Sauter dans les flaques et la boue en chantant dans sa tête “Hou la gadoue, la gadoue, la gadoue”.

- Faire le Papang, voir l’épisode #9 - En mouvement.

- Se dire qu'il est 3 heures du matin et qu’un adulte normal serait en train de dormir paisiblement.

- Traverser une île du Sud au Nord sans raison particulière si ce n’est que le concept est…drôle? Non?

- Choisir ses chaussures en fonction de leurs couleurs, évidemment.

- Manger du chocolat, du jambon et un verre de bouillon, en même temps et sans aucun problème de palais (pierres ou pas pierres, après 10 heures d'effort il n'y aura de toutes façons pas de palais).

- Discuter avec soi-même. Faire un jeu de mot idiot (Lorient est en Occident). Rigoler. Se rendre compte qu’il est vraiment intelligent. Avoir un débat sur le jeu de mot. Partir sur de la géopolitique. Tu deviens fou? Non. Oui? Et finalement. Pleurer…de rire.

- Fêter une arrivée comme un vrai Vainqueur (avec un griddy parfaitement exécuté)…alors que t’es 199ème.

- Se dire qu'après tout, ce n’est qu'un jeu et qu'on rigole quand même bien!

dimanche 1 septembre 2024

CIMASARUN - Août 2024

Photo d'avant départ 

Avec ses 56 km pour 3 800 m de dénivelé, voilà LE gros test que j’attendais avant d’attaquer la dernière ligne droite de ma préparation pour le Grand Raid. Physiquement, je suis à mon pic de forme et j’ai bien récupéré de mes dernières semaines (aucune courbature au moment de prendre le départ). Mentalement, je me sens bien et j'espère pouvoir courir libéré. La météo nous offre une nuit dégagée et une matinée ensoleillée. Les températures seront comprises entre 9 et 12°C au départ avant d’atteindre les 21°C en journée. Conditions parfaites en perspective pour cette 30è CIMASA. Alors, pas de blabla inutile pour ce préambule. Ça va être sport!



Photo finish, les Salomon Pulsar Trail pro 2 sont baptisées

Samedi 31 août 2024, 1:55, Cilaos. Le réveil n’a pas encore sonné et je suis déjà debout, en forme pour démarrer la journée. Et ça va être une belle journée…c’est jour de match! Je prends tranquillement mon petit déjeuner avant de commencer ma routine d’avant course. 20 minutes pour effectuer une séance de mobilité. Ensuite, je passe me rafraîchir à la salle de bain avant de me préparer. J’effectue toujours les mêmes gestes. Short. T-shirt. Strap, crème, chaussettes. Chaussures. J’entre dans ma bulle. Coline finit de s’habiller. Elle prend une boisson chaude et nous nous rendons au stade.

3:20, un dernier bisous et je me dirige vers le pointage. 1200 coureurs sont attendus au départ de cette 30è édition de la CIMASA. Le plateau est relevé. Les meilleurs coureurs de l'île ont répondu présent et la ligne de départ annonce des allures insoutenables. Je termine donc mon échauffement par quelques accélérations avant d’aller me positionner en 3è ligne, tout juste derrière les cadors (Jeannick Boyer, Fabrice Fontaine, Johnny Olivar, Mathis Fugier, Emmanuel Hadoux, Mathieu Desserprit ou encore Paolo Velle pour ne citer qu’eux).

4:05, les fauves sont lâchés! L’organisation a pris le parti de nous faire débuter sur un peu plus de route que prévu. Résultat, ça part très fort. Je sais que la course va être longue alors j’essaie de prendre mon rythme après un premier kilomètre rapide. On me dépasse mais je n’y prête que peu d’attention. Je me concentre sur mon allure, ma respiration et mes premières sensations. Tout va bien et j’entre progressivement dans mon événement. Au kilomètre 5, un coureur me double dans un faux plat ascendant, se positionne devant moi et n’avance plus. Je le re-dépasse. Plus tard, il revient à mes côtés et se déporte doucement vers moi. Sauf qu’à ma gauche, c’est le fossé. Je m’agace et lui fais entendre qu’il y a suffisamment de place sur la route pour nous deux. Quelques kilomètres plus tard, dans les premières rampes de la route forestière de la Roche Merveilleuse, un nouveau coureur me double et se mouche littéralement sur mes pieds. Il lève timidement la main en guise d’excuses. Ça suffit de m'énerver. Je ne dis rien mais je mets une grosse accélération et prends une dizaine de mètres en quelques enjambées. J’entends les autres coureurs qui nous entouraient pousser un “ah ouais” quelque peu interloqué. Voilà le déclic. Je ne les reverrai plus. J’entre dans le vif de mon sujet. La course est lancée pour moi.

“Le mec nous dépasse à 3’45” et dit même pas bonjour”. Avant d’entrer dans le premier single, je suis interpellé par 3 coureurs que je connais bien puisqu’il s’agit de Yoann Mornet - Directeur du DU Trail-running, Gabriel Placotaris et Antoine Cordesse - Camarades de promo. Je ralentis et retrouve le sourire. On partage le sentier pendant quelques kilomètres avant de rejoindre la route qui mène au départ du sentier du Taïbit. La mise en jambe est terminée. 1h05 pour faire 12 km et 500 m de dénivelé. Je décide de prendre les devants. Les choses sérieuses vont commencer ici.

5:10, premier pétard. Le Taïbit. Je fais une belle montée. 50 minutes pour avaler près de 900 m de D+ sur 4,5 km. Au passage du col, j’apprécie les premières lueurs du jour. Tout juste au-dessus des montagnes, un rouge vif vient déchirer le ciel étoilé. Magnifique. Après ce rapide coup d'œil, j’entame la descente vers Marla où j’ai prévu de recharger mes flasques. Arrêt express après une descente sérieuse. Le chemin continue avec une petite bosse avant d’atteindre la Plaine des Tamarins. Le sentier est boueux. Il y a des flaques d’eau. Les rondins de bois qui matérialisent le sentier sont glissants. J’avance avec un certain Fabrice Mithridate qui me suit depuis le kilomètre 11 et le début du sentier du Taïbit. Au moment de traverser la Plaine, je découvre un sol blanc. Du givre. Encore une belle image! On sort de Mafate par le col des Boeufs et la vue sur Salazie est, comme souvent, incroyable. Le levé du soleil est accompagné par les dernières brumes qui disparaissent progressivement. Plaine des Merles, PK25. Un peu plus de 3h00 de course pour moi. Je prends un peu de temps au ravitaillement pour enlever ma frontale, mon coupe-vent et ranger mes gants. C’est parti pour une longue descente vers Grand Sable et Îlet à Vidot. Fabrice ne me suis pas, il n’est pas dans sa forme habituelle. Je double un autre coureur. Je suis seul à présent et je peux aborder la course comme je l’entends. La descente est technique. Humide. Des conditions que je n’aime habituellement pas mais j’ai passé un cap. Je m’amuse bien. PK32. Un peu moins de 4 heures de course. A Îlet à Vidot, nous sommes 4 coureurs dans un mouchoir de poche. La tête de course est à un quart d’heure.

8:50, Hell-Bourg, PK40, 4h45 de course. L’allure est vraiment bonne mais je sais qu’elle va considérablement diminuer lors des prochains kilomètres. Encore une section de bitume avant d’arriver au ravitaillement. Gabriel me récupère et nous terminons le dernier kilomètre ensemble. Le voir me fait du bien au moral. Au stade, il passe le relais à son amie et m’aide dans mon ravitaillement. Dernière, mais pas des moindres, difficulté de la journée: Cap Anglais et ses 1500 m de D+ sur 8 km. Pas d’eau avant le parking du Bloc. Soit 13 km en autonomie. Heureusement, le ciel s’est couvert et il ne fait pas chaud. Le début se fait sur un tapis de racines en faux plat montant. Je n’arrive pas à courir. Je suis fatigué et j’avance laborieusement. Début des grosses pentes. J’arrive à pousser sur les jambes mais il manque la dynamique. L’explosivité. J’essaie de limiter la casse. C’est long. Ça monte. Ça tourne. Ça monte encore. Et toujours. Encore 500 m de dénivelé. 30 minutes. Accroche-toi! J’entends un coureur plus bas. Il semble être sur une bonne cadence. C’est Yoann. Il me récupère à moins de 2 kilomètres du sommet sur une allure effectivement impressionnante. Il fait une montée canon. Il me dépasse et m’encourage. Je sers les dents pour garder sa trace et ne pas perdre cette fameuse ligne invisible entre 2 coureurs. 10 m d'écart. Puis 15. Puis 20. Il est en train de me lâcher. Aaaaargh! Continue. La pente devient moins raide et sur ce terrain technique je me sens davantage à l'aise. J’arrive à me redresser et à relancer. Je reviens sur lui. Mieux. Je le double et j’impose une nouvelle dynamique avant d’aborder la descente du Bloc. Cette fois, c’est lui qui doit accrocher la ligne. J’adore ce jeu!

10:57, la bonne surprise! Un ravitaillement improvisé au gîte du Piton des Neiges est tenu par 2 personnes. Ils sont vraiment au top en proposant à boire et à manger. Le moral est à nouveau là! Avant d’attaquer la descente, je dépasse Orlan Ayaden. Il a un problème au genou. Je lui partage un mot d’encouragement et nous échangeons une poignée de main avant de continuer. Enfin au sommet après plus de 2 heures d’ascension…je vais pouvoir attaquer la descente du Bloc. 1100 de D- sur 3,5 kilomètres. Autant dire que ça va taper dans les quadriceps. Je suis fatigué. La descente me paraît bien longue. En plus d'être technique, il y a beaucoup de randonneurs qui ne sont pas toujours attentifs à leur environnement. On me rattrape et je perds une place. Est-ce que j’accroche? Je repense à Orlan. À mon objectif 2024. Je décide de lever le pied et de ne pas prendre de risque (d’autant que le garçon fait une descente en mode boulet de canon). Je reste calme et j’essaie de me détendre malgré les douleurs. J’ai des échauffements sous les pieds depuis un moment et mon genou gauche commence à coincer.

11:35, PK 53, Plateau de Chênes, enfin! Je recharge un peu d’eau pour les 3 derniers kilomètres de route jusqu'à Cilaos. Je me retourne mais je ne vois pas Yoann. Dommage. J’aurais bien terminé avec lui. Je profite d'être seul et me laisse aller. Je pense à Coline qui m’attend à l'arrivée. Je pense à cette année. À ma blessure aux tendons. On revient de loin. Cilaos. Les premiers applaudissements à 500 m de l'arrivée. Le stade. L’arche. Coline. Je passe la ligne et lui tombe dans les bras. Et pour la première fois, je lâche prise. Je fonds en larmes.

11:48, suite et fin. 7 heures, 43 minutes et 35 secondes d’effort. Un Top 15. Des émotions. De la douleur. Des hauts. Des bas. Des “j’adore ce sport”. Des “pourquoi je me fais subir ça”. Et puis de la joie quand je vois Yoann terminer avec son garçon. De la fierté quand on se félicite d'être arrivé au bout de cette CIMASA. Une édition des plus exigeantes. Et du bonheur d’alimenter encore un peu plus cette boîte à souvenirs.

Un grand bravo à l’ensemble des coureurs. Bravo et merci aux bénévoles. Big up aux 2 personnes positionnées au gîte du Piton des Neiges. Merci à Gabriel (1er relais mixte) et Yoann (16è à moins de 2 minutes) pour les encouragements et bravo à eux pour leur course. Merci à Mathieu, Timothée et Alexis (Kin’Activ) pour la préparation physique des dernières semaines. Enfin, un immense merci à Coline qui m’accompagne, me soutient et m’encourage au quotidien. Merci aux copains et à la famille pour les messages! Et merci à vous de continuer de me suivre et de m’encourager.


jeudi 29 août 2024

Jeu de Coline #16: Après l'effort, le réconfort

The canapé 

Pendant une sortie (plus précisément quand je suis dans le dur), je pense souvent à ce qui m’attend une fois la difficulté passée. Une fois l’effort terminé. Et j’arrive à trouver du réconfort en pensant à des choses aussi simple qu’une boisson fraîche, sucrée et légèrement pétillante. Non, je ne ferai pas l’apologie de Coca mais bordel…c’est qu’ils ont bien joué leur coup avec les petits oursons qui se roulent dans la neige! A chaque fois qu’il fait chaud, que je me sens au fond du fond ou que j’ai soif, c’est de ça dont je rêve…Always cold, Always Coca-Cola. Endoctrinement réussi, bravo Messieurs!

L’autre instant réconfortant intervient plus tard, après la fin de la sortie…je sais que tu aurais aimé une image un peu plus explicite (je commence à bien te connaître maintenant), mais je préfère donner libre cours à ton imagination. Séquence chaude à venir avec “la scène de la douche”. Premier plaisir, enlever les vêtements bien dégueux et gorgés de transpiration que tu portes. Ensuite, arrive le moment que tu attendais tant, lorsque tu entres dans la douche et que tu ouvres l’eau. D’abord très froide, tu passes timidement tes jambes qui picoquent en dessous pour enlever la terre et la poussière. Ça fait du bien, vraiment du bien. Puis, la température monte doucement et tu peux progressivement te mouiller. Après un instant, l’eau atteint sa température optimale, ni trop chaude, ni trop froide, et tu peux alors plonger sous cette cascade artificielle façon pub Tahiti douche. Tu passes ta main sur ton visage, dans tes cheveux et tu jettes l’eau en arrière. Tu la vois bien cette image? Aaaargh, je sais que tu la vois bien! Ensuite, tu prends ton savon. Tu le passes sur ton torse en mode slow motion. Ça commence à mousser. Puis, tu vas frotter ton ventre et ces abdos choco. La petite musique se lance dans ta tête. Tu sais très bien de quelle petite musique je parle (la musique d’American Pie quand Jim lance dans son historique “Boring work stuff”. Tu iras chercher). Et là…bon, on va arrêter là. Bande d’obsédés du zizi sexuel! Tu te laves quoi et c’est déjà suffisamment jouissif comme ça.

Enfin, après la douche et un bon repas vient le réconfort ultime. Les retrouvailles avec ta zone de confort confortable. Le Saint-Graal. Ce bon vieux canap’ pour une sieste royale! Il est si doux. Si moelleux. Il viendra t'accueillir, que dis-je, t'envelopper même. Et ça, pour les 1h30 de sieste crapuleuse qui t’attendent. Côté position, il est super flexible. Grâce à sa télécommande et son siège ajustable, tu vas te mettre bien. Mais je te conseille la position de la Grenouille de Swinhoana après un choc électrique. N’oublie pas les accessoires avec ton masque Air Austral et tes bas de contention pour une meilleure récupération…et plus de style (ne critique pas mon style). Le filet de bave pend déjà jusqu'au sol après 10 minutes? Alors là, on est bien pour recharger les batteries!

mercredi 14 août 2024

Jeu de Coline #15: J'y suis bien

Évolution physique entre la reprise en janvier et le coeur de ma saison en juillet (et même si ça n'a pas fait bouger le PIB, il y a eu un peu de travail). 

J’y suis bien. Dans ma tête, dans ma peau…Bogossito les abdos!

[Avec une grosse voie de bonhomme] Tu te sens lourd. Tu te sens faible. Tu es mou du genou. Si toi aussi tu veux que ça change, adopte le programme “Bogossito les abdos” et obtiens des résultats dès la première semaine! Pour cela, c’est très simple…arrête de lire toutes les conneries que je raconte!

Sortir de la période creuse et notamment des Fêtes pour atteindre son pic de forme au bon moment, tel est le challenge du traileur épicurien que je suis. Alors pour commencer, épicurien ça veut dire “qui recherche le plaisir”. On peut aussi dire bon vivant mais la référence à Épicure fait plus intelligent…oui, j’aime la confiture sur mes tartines…mais là n’est pas le sujet.

Alors, comment faire? Tu la veux ma recette? Tu veux savoir comment passer du mode "Marshmallow” à celui d’ “Ultra-traileur”? Ce n’est pas si compliqué. Pour cela, il va te falloir:

- 300g de travail de qualité supérieure

- 1 càs d’huile de coude

- 1 càs d’un mélange de discipline et de rigueur

- 1 bonne dose de folie

- 1 pincée de petits plaisirs

- Le tout, agrémenté par une hygiène de vie équilibrée

- Côté cuisson, il faudra être patient et compter entre 3 à 6 mois

- Une préparation mentale, ronde et fruitée, accompagnera parfaitement ces mois de développement

Recette testée, approuvée. Aujourd’hui, je me sens bien dans mon corps et encore mieux dans ma tête. Et j’ai des abdos choco! Ce qui me permet d'être bien plus à l’aise dans les sentiers. Je fatigue moins, je tombe moins et j’ai retrouvé de l’explosivité dans mes relances. En plus, Madame est contente…c’est tout bénef!

Un grand merci à Mathilde et Chloé (Kiné Sport Péi à La Possession) pour l’accompagnement kinésithérapeute et à Mathieu (Kin’activ à La Rivière Saint-Louis) pour la préparation physique.